Annee du Tigre, rue Nguyen Trai

Publié le par sandrine

"Le multiculturalisme postmoderne a echoue a inventer une alternative a l'universalisme moderniste, car il a recree, partout  ou il s'est applique, des ancrages culturels ou des enracinements ethniques. Car tout comme la pensee classique occidentale, il fonctionne sur des appartenances: un travail d'artiste se voit ainsi ineluctablement explicite par la "condition", le "statut" ou l'"origine" de son auteur: l'oeuvre d'un artiste noir, gay, d'origine camerounaise ou enfant d'immigres mexicains, sera ainsi mecaniquement lue a travers le prisme de ce cadre biopolitique pourtant tout aussi normatif que les autres. Chacun se voit ainsi localise, immatricule, cloue a son lieu d'enonciation, enferme dans la tradition dont il serait issu. "D'ou parles-tu?" demande la critique, comme si l'etre humain se tenait toujours dans un lieu et un seul, et ne disposait que d'un seul ton de voix et d'une seule langue pour s'exprimer. C'est la l'angle mort de la theorie postcoloniale appliquee a l'art, qui concoit l'individu comme definitivement assigne a ses racines locales, ethniques ou culturelles. Elle fait ainsi le jeu du pouvoir car ce que desire profondement celui-ci, ce sont des sujets qui enoncent eux-memes leur identite, facilitant ainsi leur classification statistique. Et ce que souhaite le marche de l'art, c'est de pouvoir disposer de categories simples et d'images reconnaissables afin de mieux distribuer ses produits."
Radicant, Nicolas Bourriaud

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